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Nous savons trop bien à l’Observatoire International des
Crises l’importance du principe de précaution. A l’heure où il
était encore en débat avant son entrée dans la Constitution
française, nous l’avions défendu. En effet, il nous apparaît que
toute bonne approche de gestion de crise doit commencer par une
démarche de précaution qu’on ne saurait caricaturer en une simple
demande d’abstention comme ses critiques se plaisent à le faire
croire. Nous pensions en outre que la formulation très minimale
inscrite à l’article 5 de la Charte de l’environnement ne pouvait
que réduire toute attaque sur ses pseudo effets de blocage. Erreur
donc.
C’est avec une certaine surprise que nous avons appris que la
Commission Attali « pour la libération de la croissance » plaidait
pour une remise en cause de ce principe au nom de ses effets
négatifs sur la croissance. La Commission reprenait le vieux credo
employé jadis par l’Académie des Sciences : le principe de
précaution bloquerait toute innovation. Gasp ! Serait-il donc
temps de le supprimer ?
Nous estimons trop l’intelligence de Jacques Attali pour lui
reprocher de ne pas s’être aperçu que depuis l’entrée en vigueur
du principe de précaution, la recherche française ne s’était pas
écroulée, que la croissance française ne s’était pas soudainement
bloquée et que la société française n’était pas devenu
obscurantiste.
Quelle mouche l’aurait piqué ?
Un élément d’explication se trouve derrière la curieuse
coïncidence des dates. La Commission Attali a effectué ses travaux
au moment où se déroulaient ceux du Grenelle de l’Environnement.
D’un coté une commission pour libérer la croissance, de l’autre
une table ronde pour examiner les moyens de réduire les dégâts du
progrès. On peut émettre l’hypothèse que Jacques Attali était bien
conscient qu’il ne réussirait pas à revenir sur le principe de
précaution, mais il s’était vraisemblablement aperçu que dans le
cadre du Grenelle de l’environnement, une extension du principe de
précaution était envisageable. Comme il était quasiment acté que
la Constitution française allait devoir être révisée suite à
l’accord sur la réforme du Conseil Economique et Social, il était
possible que les pouvoirs publics puissent profiter de l’occasion
pour étendre le périmètre d’action de ce principe de précaution.
Et comme Jacques Attali est également un excellent joueur
d’échecs, il a probablement engagé une manœuvre prophylactique
pour désamorcer la menace d’élargissement du principe en créant
une contre menace, celle de la demande de sa suppression. C’était
un moyen habile pour positionner sa Commission en force par
rapport à celle du Grenelle.
Sur le fond, nous sommes en désaccord. Sur la forme, nous le
reconnaissons : bien joué.
T.L
Thierry Libaert est Directeur Scientifique de l'OIC
Magazine de la communication de crise et sensible.
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